À l’hôpital de Siquijor, il y a des chiens

« À ceux qui trouvent que la vie est ennuyeuse : beware ! La routine a ses bons côtés …
À moi qui ai l’art de me plaindre pour des broutilles : à force, on finit par avoir les motifs de se plaindre ! »

Sur l’île de Siquijor, se rendre à l’hôpital est tout de suite moins drôle (si bien qu’il y ait un endroit où se rendre à l’hôpital soit drôle…)

Nous croyions être sur la voie de la guérison après notre visite éclair de la maison médicale de la municipalité de San Juan, mais Léa restait fébrile, et nous avons préféré aller faire des analyses plus poussées à l’hôpital provincial de l’île de Siquijor, un établissement flambant neuf, pas tout-à-fait achevé.

Nous prenons donc la mobylette, Léa entre nous deux bien couverte, direction l’hôpital provincial, à une vingtaine de kilomètres de notre petite maison dans les fourrés.

Arrivés à destination, nous sommes surpris par la modernité des bâtiments et la grandeur du lieu : une route nouvelle nous y amène, elle serpente au milieu des bâtisses toutes neuves du complexe hospitalier.
Les urgences sont dans le bâtiment principal … enfin … pas tout-à-fait : les urgences sont devant le bâtiment principal. Sur le parking. Sous un préau.

Tout a été néanmoins prévu : des panneaux de délimitation de la zone réservée aux urgences, le bureau des docteurs, l’étagère avec le matériel, … De plus, chaque patient qui serait amené à rester, a son petit coin. Des paravents, ou plutôt des draps séparent les lits. Chacun a droit à tout le nécessaire : civière, draps propres, radio, bouteille d’oxygène, moustiques, ribambelle de médecins, infirmières et chiens errants …

On nous accueille gentiment.
On s’installe.
On prend la température de Léa.

En attendant qu’on l’ausculte, la minus commence à crapahuter sur une banquette de fortune, entre la poubelle, les moustiques, les panneaux d’informations, et le bureau des internes.

Aussi petite et déjà sujette à l’effet médecin (… mais oui, vous voyez bien ce dont je parle : cet étrange phénomène qui fait qu’arriver chez le docteur rime avec la disparition de la plupart des symptômes.) « Je vous jure, doc, je ne suis pas hypochondriaque ! »

En attendant le docteur, l’infirmière nous informe sur la possibilité d’un séjour à l’hôpital. Elle nous explique que si Léa se fait interner, il faut que l’un des coéquipiers – moi ou Olive – reste dehors – ou alors que l’on fasse appel à un participant extérieur, dans le cas où on veuille tous trois séjourner ensemble à l’hôpital, sans scinder l’équipe.

« Ah bon ? Pourquoi donc ? Je ne suis pas sûre de comprendre …
⁃ C’est la règle. Vous rentrez mais vous ne savez pas exactement quand vous en ressortez … »

En temps normal je me serais préoccupée, en mode « un séjour à l’hôpital, sérieux ? », mais Léa était en train de faire le singe malgré ses degrés de fièvre, je ne me suis donc pas vraiment sentie concernée par la proposition de séjour.

L’offre de l’infirmière sonnait cependant quelque peu … étrange. Je me suis donc informée. Dans l’attente, ça occupe …

« C’est si grave que ça, docteur ? Vous ne l’avez pas encore auscultée. Et puis, je ne comprends pas cette histoire de personne qui reste à l’extérieur…
⁃ Le contact extérieur c’est pour pouvoir manger …
⁃ Ah bon ? »

Il n’y a pas de room service, je note.

« Pour vous nourrir, et vous amener de quoi manger …
⁃ Ah … Bon … »

J’attends le reste de la réponse … ce qui m’intrigue le plus ce sont les trois jours de captivité minimum … elle semble avoir lu dans mes pensées car elle répond sans attendre …

« Et pour ce qui est des trois jours minimum rien à voir avec sa maladie !
⁃ Ah !? Bon … »

Tout ceci est tellement mystérieux …

« C’est pour le COVID, madame ! On vous fait un PCR, mais on n’a pas de quoi l’analyser ici … il faut donc envoyer les échantillons à Cebu et attendre leur retour… ça devrait prendre 3 jours … ou 5, ça dépend … »

Ah ok ! Le COVID ! Damned, j’avais oublié la bête !

Je repense alors à Pauline qui les as attendus, ses résultats …

Nous nous empressons de gentiment décliner l’option Koh-Lanta et attendons le médecin.

Celui-ci arrive finalement et fait son lot d’analyses à la petite Léa.

L’épreuve du stéthoscope, Léa la passe de mieux en mieux.

Notre équipe gagne des points.

L’épreuve de la prise de sang. Aïe ! Tout commence bien : nous sommes rassurés que la prise de sang se fasse par une petite piqûre au doigt. Léa ne semble pas inquiétée quand on lui prend son doigt. La préoccupation naît néanmoins sur son visage quand l’infirmière lui retient son doigt. Elle commence à gémir lorsqu’elle sent que je la retiens. On ne fait soudainement plus partie de la même équipe. Elle essaie de se débattre, Olive y met du sien. Elle pleure, l’infirmier nous vient en aide. Elle braille … toute l’équipe nous vient en aide … et nous découvrons que Léa sait parfaitement imiter le cri du cochon juste avant la fiesta. C’est affreux.

Avec cette scène, nous perdons tous nos points d’avance.

Heureusement, la maigre goutte de sang que nous réussissons à récupérer semble être suffisante pour les analyses.

Cette affreuse scène derrière nous, nous recevons notre dernière mission : faire pipi dans le petit pot. Facile j’aurais tendance à dire sauf que … le petit pot n’a jamais aussi bien porté son nom … c’est déjà difficile en temps normal pour un adulte … mais pour une gosse de deux ans !

« Sérieux ? You do not have bigger ?! »

Le défi est de taille. Nous le ratons une première fois. Nous sommes sur le pont d’être disqualifiés, mais nous tenons bon.

Nous nous armons alors de patience, et attendons « l’inspipiration » en jouant à chat perché, sous le regard amusé du personnel soignant.

Je vous jure, je ne suis pas hypochondriaque, c’est l’effet docteur, docteur …

Léa a le temps de jouer à attrape-moi si tu peux, elle fait des puzzles avec les bouts de plâtre des murs de la bâtisse flambant neuve qui s’égrène. Déjà ? … Et nous avons le temps de découvrir que l’hôpital est le repère d’une ribambelle de chiens errants.

Par les grandes portes de verre de l’entrée, nous avons une vue dégagée sur les longs couloir de l’établissement.
Et, dans les longs couloirs vides, se baladent des chiens. Ils se coursent, s’affalent, roupillent, déambulent, slalomment entre les jambes du personnel soignant qui passe de temps en temps entre les murs de l’établissement. Une ribambelle de chiens heureux, qui font honneur par leur présence à cette bâtisse neuve un peu trop vide.

Au moins les chiens …
C’est déjà ça …

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