C’est la faute à la poussière

Été 2020

Retour case départ.

À nouveau dans cette maison. Où le passé me surprend à chaque recoin. Où l’adolescence côtoie l’enfance ainsi qu’une certaine projection du futur.

Les pistes sont brouillées, avec nos nouveaux rôles et la famille qui s’agrandit. Les parents sont grands-parents, les neveu et nièce sont cousins, au même titre que frère, et soeur.

Tout est relatif. Nous sommes ce que fait le temps de nous.

Moi-même j’évolue, en équilibre, entre une enfant, une maman. Ah ! Une femme aussi, c’est vrai. Et j’ai le pouvoir d’être fantôme … « WAHOU », s’exclamerait Léa, dans un murmure expressif et magique.

C’est la faute aux souvenirs. Une odeur, un silence, un bruit. Et les souvenirs vous surprennent.

Les armoires renferment des trésors du temps. Les trésors d’enfance, d’adolescence, ou de qui sais-je est également passé par là. Des armoires qui ne ferment plus trop bien. Sur leurs étagères, du passé par petits tas, plié, rangé, qui a pris de la poussière, qui sent l’attente. Ou l’abandon. L’oubli, aussi, des fois …

Une image, une texture, des instants. Les souvenirs remontent à la surface. Ils sont gluants. C’est la faute à la poussière. Elle s’infiltre partout, dans les placard, sur les livres. Elle brouille le regard. Saleté ! La poussière, alibi des émotions intempestives.

Alors on s’essaie à faire le tri. On tente de reprendre là où l’on s’est arrêté. On déplie, on trie, et on souffle. On reprend son souffle, entre l’un ou l’autre sanglot intempestif. 

On souffle à la vue d’un vieux pantalon, celle d’un pull encore neuf et ringard, face à tout un tas de fringues démodées, conservées, rangées. Pour les « au cas-où », les « si jamais ». Des fringues d’un autre temps, comme ces bibelots qui occupent d’autres armoires. Pour les « au cas-où », pour les « si jamais ». À côté d’un bouquet de fleurs séchées. Qui attendent. Sous le regard bienveillant de Marie, de Jésus ou de Saints inconnus. Il y en a des bibelots, comme des présences immobilisés posées ci et là. Toujours est-il que comme chaque année, se réalise le miracle : celui de l’immuabilité. Ne pas changer. Ne pas bouger. Tous ces vêtements, ces objets, dans l’attente d’une seconde vie. Miracle sur miracle.

Ce n’est pas facile de trouver sa place dans ce décor. Je me demande d’ailleurs si j’y ai encore une place. Il serait temps que je n’en aie plus. Presque quarante ans sous le toit des parents. Pas folichon comme programme d’émancipation. Moi qui allait au bout du monde pour couper le cordon …

Il y a trois ans, nous sommes partis, sacs sur le dos, projet en tête, chien aux baskets, sous comptés et comptés encore, fiers, entêtés, légers et rêveurs.

Cela fait trois ans que nous revenons dans la maison familiale. Nous poser, nous reposer, « nous quoi » cette fois. Un mois et demi la première année. Nous avons appelé la pause « vacances ». Plusieurs mois la deuxième fois, pour cause d’accouchement, la perspective d’une expérience à l’hôpital provincial de Siquijor a tout-à-coup semblé moins romantique. Cette année, c’est Corona qui nous ramène à la case départ, pour une durée plus imprécise. Elle nous remballe les poches vides, des questions sans réponse plein la tête.

Je me regarde tout autour, et des choses à faire, il y en aurait. Je me regarde autour, et ma tête commence à tourner. Vertige de ne pas savoir par où commencer, le pourquoi de ceci, le quand de cela, le comment de cette autre chose. L’imminence, le besoin, l’envie, le pouvoir, ne pas pouvoir … autant de questions dans une tête en ébullition.

Et pendant ce temps, Léa, notre fille, joue et découvre un monde nouveau

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