Et plus, si affinités …

Siquijor, mars 2018

L’achat du terrain laisse donc la place à d’autres considérations. Et, comme le refrain d’une chansonnette que l’on commencerait à connaitre : on s’agite d’abord, on s’organise ensuite.

Permis de construire, plans, signatures, séminaires, matériel, matériaux, travailleurs, charpentiers, maçons, soi-disant maçons, soi-disant charpentiers, soi-disant travailleurs, …. de nouvelles réalités se mêlent à un quotidien qui a déjà ses petites habitudes.

Quelques jours à peine après l’achat du terrain, un dimanche matin, alors que nous prenons tranquillement notre petit déjeuner, deux individus apparaissent de derrière les palmiers : Manu et Beth, les voisins de nos amis Chris et Ody. Ils ont entendu que nous avons trouvé notre terrain et, à leurs heures perdues, ils déboisent Siquijor pour le bonheur des propriétaires en quête d’authenticité.

Entre deux gorgées de café, nous voilà donc mitraillés de questions, plus ou moins attendues. « Et … dites-nous, vous préférez quoi comme bois ? On coupe combien d’arbres ? Des vieux, des jeunes ? Vous êtes du genre plutôt licite ou illicite ? »

Nous prenons beaucoup de notes, prix, noms exotiques d’espèces d’arbres locales, unités de mesures obscures ; tout en nous disant intérieurement que s’ils coupent du bois au même rythme qu’ils papotent, Siquijor est surement en ce moment victime de déforestation sévère. Nous nous rassurons cependant très vite car, sous ces latitudes, le béton a la cote. Nous ne sommes donc qu’une minorité à oser la voie du naturel …

Manu et Beth apparaissent donc un beau matin, alors que nous sommes tranquillement en train de prendre notre petit déjeuner sous notre maisonnette au bord de l’eau.

Patras les accueille, ils résistent à l’arrêt cardiaque que son aboiement intempestif agrémenté de la vision de ses crocs génère – allez donc leur dire que Patras aussi peut sourire comme Bruno (Bruno notre autre chien a en effet le don de sourire … si si de sourire).

Manu et Beth se montrent très convaincants : gentils, souriants, ils parlent un bon anglais, présentent un large choix de produits naturels de construction, et, de plus, ils semblent former une bonne équipe. En mode synchronisé, ils nous présentent leurs produits. Un instant c’est Manu qui explique, et Beth qui reprend par après en écho. L’instant d’après, c’est à Beth d’argumenter, et à Manu de sous-titrer ce que Beth vient juste de dire. Bref, en équipe , ils travaillent comme ils vivent leur vie : complices et complémentaires. De plus, ils semblent en avoir de l’expérience. Tout en nous présentant leurs produits, ils nous parlent en effet de leurs nombreux et différents clients.

« Votre voisin d’en face a commandé ce produit-là, tu te souviens, Beth ?

  • Ah oui, bien sûr … il est très gentil votre voisin d’en face !
  • Et nous avons aussi travaillé pour le voisin d’en haut, vous voyez le nouvel établissement avec vue ?
  • Ah oui, Manu ! Et ils ont un beau jardin ! Nous leur avons aussi refilé des arbres à planter, on peut vous en filer aussi, d’ailleurs, n’est-ce pas Manu ?
  • Ah oui, bien, sûr … et si vous aimez la dinde, on peut aussi vous en fournir. On a un élevage. Et puis si par hasard vous êtes intéressés par les combats de coqs, nous pouvons aussi vous refourguer quelques coqs au passage, n’est-ce pas Beth ?
  • Bien sûr bien sûr, des dindes, des arbres, des coqs … Et puis, nous travaillons aussi pour cette autre guesthouse, la nouvelle, du bord de la plage dans le centre de San Juan, vous voyez ? … celle dont les propriétaires sont un peu … hum hum … vous voyez ce que je veux dire ? N’est-ce pas, Manu ?
  • Hahaha ! Oui oui ! Hahaha ! Ah ! Oui ! ah oui, oh la la ! Eux, en plus, ils en ont des pro blèmes dans leur couple, nous leur avons donné conseil, ils ne faut pas qu’ils fassent ça ainsi, n’est-ce pas, Beth ?
  • Ah oui, Manu, tu as raison, tu te rappelles de la fois où ils ont fait cette scène de mé nage ? … 
  • Je leur avais dit de ne pas faire ça ! Je les avais prévenus ! ».

Sous notre regard à tour amusé et interloqué ; très impatients de prendre notre petit déjeuner comme un certain Stephan le chantonnerait si bien – i.e. EN PAIX ! – Manu et Beth parlent allègrement de bois, de coupes, de taille, et plus si affinités, en passant des arbres aux coqs dans une logique qui leur est propre !

Une fois n’est pas coutume, ils nous en apprennent un peu plus sur les uns et les autres, et se révèlent fournisseurs de bois, constructeurs, éleveurs, cuisiniers, et surement plus si affinités … Pour une première rencontre, nous nous arrêtons à leur savoir-faire en matière de déforestation et nous passons commande pour le bois de notre projet, tout en nous demandant ce qu’ils pourraient bien raconter sur notre pomme à leurs prochains clients, et en notant dans un recoin de notre tête qu’en cas de problèmes de couple, nous ferions bien mieux de commander une bonne dinde !

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