La « Mous-attitude »

Le petit Mous, dont parlait Patras au dernier chapitre, existe vraiment … et sa petite existence est bien inspirante …

Le petit Mous existe vraiment. C’est un petit garçon qui devait avoir deux ans à l’époque où nous habitions au bord de l’eau avec Patras. Il faisait partie du décor quotidien : la mer, les chiens, le sable fin … et Mous ! Tous les matins, on le voyait errer sur la plage. Souvent tout nu, de temps en temps en t-shirt, un t-shirt un peu trop grand enfilé à la va-vite. Couvert ou pas, il avait toujours les fesses à l’air. Il vaquait à ses occupations seul, ou accompagné de ses frères et petits amis, tous plus grands que lui.

Nous, le regardions de nos yeux ébahis. Ce petit bout d’homme, à l’aisance propre à son âge, nous laissait bouche bée devant autant de … de quoi au juste ? De LIBERTÉ ! Après quelques jours, Mous était devenu pour nous le symbole de la liberté … autant que sa mère était, elle, devenue l’incarnation de la confiance – confiance ou insouciance, au fait ? Nous n’étions pas les plus sages, ni les plus responsables, mais la tranquillité d’esprit avec laquelle elle le laissait vaquer à ses occupations, loin de ses yeux, au bord de l’eau, entouré des chiens du quartier (et d’ailleurs) nous laissait à tour pensifs, choqués, un peu jaloux et fort étonnés. « Quelle confiance ! Quelle insouciance ! Quelle irresponsabilité ! La chance ! La LIBERTÉ ! »

Nous cherchions des explications, mais au fond, tout n’était qu’une question de logique. De logique et de réalité. Nous oublions que souvent les équations sont plus simples qu’elles ne le paraissent. Une maman seule, qui gagne sa vie en vendant des brochettes en bord de route, qui a quelques enfants en bas âge sous son toit, la plage se trouvant quelques maisons plus loin, pas de route à traverser pour accéder à la mer, des voisins aux yeux bienveillants (ou ébahis dans notre cas), et le tour est joué : Mous avait naturellement élu la plage comme terrain de jeu, et il s’y aventurait seul !

Il nous a fait rêvasser, pendant des mois, sur le pas de notre maisonnette au bord de l’eau.

Bruxelles a son Manneken pis ; notre petit quartier avait son mini moussaillon qui se baladait les fesses à l’air.

C’est important les symboles dans la vie.

Surtout lorsqu’ils incarnent une aussi belle valeur que la liberté !

Il est des pratiques, cependant, qui perdent un peu de leur charme avec l’âge …

Le petit Mous, en effet, s’est vu, sans le savoir, rejoint de curieux adeptes à sa cause tacite …

Au fur et à mesure du temps, le paysage de Siquijor s’est fatalement trouvé agrémenté de la tant attendue présence des touristes. Ah le tourisme ! C’est grâce au tourisme que l’île se développe aussi vite – et c’est aussi certainement pour ce tourisme que nous avons mis le cap sur Siquijor.

La saison touristique a donc très vite commencé après notre arrivée, trainant dans son sillage, des hordes de voyageurs, dont beaucoup de jeunes backpackers1.

Parmi ces hordes de jeunes backpackers, nombreux sont ceux qui oublient, dans l’excitation des vacances bien méritées, de revêtir un minimum de décence. Leur sac sur le dos, ils aiment voyager légers. Nous l’avons tous fait : c’est bon pour le sentiment de liberté. Cependant, il est des légèretés qu’il convient de revoir en contexte …

Le petit Mous, s’est donc vu, à son insu, rejoint de curieux adeptes à sa cause tacite.

Très vite, il n’a plus été le seul à se balader les fesses à l’air sur la plage, ni le torse nu dans les rues. Il s’est vu rejoint de nombreux touristes qui prennent leurs aises. « Normal, on est en vacances après tout ! » Balades en bikini en ville, torse nu en toutes circonstances, monokinis sur la plage ou maillot rikiki qui tombe pile au milieu … Notre amie Julia leur vocifère des trucs peu sympas sur leur passage. Nous sommes plus discrets, mais nous n’en pensons pas moins. Et surtout, nous nous posons des questions, tout comme notre ami Arji, responsable de l’accueil touristique à San Juan.

« Je ne comprends pas trop pourquoi certains touristes se baladent aussi dénudés, dans la rue. Vous faites ça, chez vous ? Arji nous pose un soir cette question, posés au Get Wrecked2, autour d’une bonne bière. Il est curieux, un peu gêné.

  • Oh ! Si tu savais ! Il y a même des villages entiers où on peut se balader tout nus ! L’expression d’Arji est devient soudain si étonnée, que dans ses yeux ronds pourrait facilement se refléter une entière plage peuplée d’heureux nudistes. Il nous confie alors qu’il a déjà mené son enquête.
  • Une fois, j’ai quand même posé la question à une touriste.
  • Ah bon ? Et ? Qu’est-ce qu’elle t’a répondu ?
  • She said … because this is freedom3 ! »

Ah ! Sacrée liberté !

Nous ne nous souvenons plus avec précision des arguments avancés par miss tanga. Nous nous souvenons juste de l’expression d’Arji, un peu perplexe, et toujours aussi gêné. J’ai également ressenti une certaine gêne, comme nous en ressentons encore souvent, lorsque nous croisons des touristes faire fi de la culture dans laquelle ils viennent passer leurs vacances. Au nom de la liberté !

Et voilà qu’en une conversation autour d’une bière au Get wrecked, je venais de mentalement promouvoir Mous au rang de grand gourou, de chef suprême du mouvement des fesses à l’air !

… Sauf que : c’est un peu moins mignon en version adulte … dans un endroit de surcroit, où nous ne sommes pas chez nous !

Alors, souvent on rappelle aux adeptes de la « Mous-attitude » que les panneaux dans les établissements touristiques expliquant les règles du vivre ensemble sur l’île, ne sont pas que décoration. Le voyage, n’est-il pas aussi la rencontre et le respect d’une culture qui peut être différente de la nôtre ?

… Si la réponse tend vers un « oui », alors : vive Mous, vive la liberté, vive le voyage, mais couvrez-vous les fesses, nom d’un p’tit bonhomme !

1Backpacker = ces touristes qui voyagent en sac-à-dos

2Le Get Wrecked, un bar des sports et billiard dans le centre de San Juan est une institution. C’est le repère des vieux-loups de San Juan … et l’un des nôtres aussi, à dire vrai !

3Freedom = liberté

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