La turista …

“Zo ! Tu veux un rouleau de PQ si jamais ça sort ?!”

C’est l’avantage de vivre dans un pays de langue étrangère.

(Ça se dit ça “de langue étrangère” ? Bref, vous m’aurez comprise, un pays dans lequel les habitants ne comprennent pas les sottises que j’écris …)

« LE PQ POUR SI ÇA SORT!! » Olive fronce les sourcils, j’insiste donc avec quelques décibels de plus.

Nous sommes en plein milieu d’un bateau bondé et bruyant. J’arrête le Zo dans son élan. À mi-chemin entre notre assise et le trône. Je lui rappelle qu’il n’est pas dans sa meilleure des formes …

C’est que, dans son empressement, il a oublié le papier, et la maman qui sommeille en moi se réveille et s’impose (si bien qu’elle s’assoupisse à un moment, celle-là …)

T’ES SÛR ?!? MAIS SI ÇA SORT ?!?! (J’oublie toujours que ce n’est pas bon d’insister.)

Qu’on se l’avoue cependant ça pourrait être fâcheux.

C’est que les aliments ne se conservent pas aussi bien sous les tropiques, l’estomac d’Olivier en fait l’expérience depuis quelques jours.

“Un petit reste hors du frigo, quelques degrés de trop, quelques minutes de plus et le tour est joué.”

C’est le risque de vivre dans un pays tropical.

Aujourd’hui c’est jour de sortie à Dumaguete, sur l’île de Negros pour faire nos visas.

Dumaguete : une ville, une vraie.

Avec ses édifices, ses rues alignées, sa circulation avec un « c » majuscule : dense, bruyante et polluée. Un air d’ailleurs, du dépaysement. J’adore ça. Moins de deux heures de bateau nous séparent de sa rive. J’aime y débarquer, salivant à l’idée de goûter à quelques mets exotiques, me réjouissant de me balader sans connaître personne.

La vie sur une petite île est simple et paisible, mais aussi délicieuse soit elle, elle crée irrémédiablement des manques et des besoins. Nos papilles se sont familiarisées avec le manque, on se surprend avec l’envie de devenir transparent …

Mais aujourd’hui c’est sortie express. Quand l’estomac ne va pas, on préfère la simplicité, et les endroits familiers. Alors on s’active, on court, espérant boucler les procédures pour renouveler nos visas en un temps record. Sortie du bateau, on déplie la poussette, on pousse – non Olive, toi essaie de pas trop pousser – on arrête un tricycle, on replie la poussette, au bureau d’immigration s’il-vous-plait – « Bonjour, comment ça va depuis le mois passé ? C’est combien la douloureuse ? », l’employé marque une pause avant de retourner l’écran de la calculatrice. Je déteste ce suspens. « Ready ? » Elle nous demande littéralement si nous sommes prêts à voir la somme. Comment ça « ready » ?!?! On aurait dû se préparer ? Peine perdue pour moi qui ne suis jamais prête à lâcher des billets ! L’employée du bureau retourne alors sa calculatrice, avec comme roulements de tambours les seuls battements de mon cœur. « Ah ouais, quand, même ! No discount ? ». Oui je sais, j’ose demander, comme au marché, sauf que je pointe la petite en guise de justification à ma demande peut-être déplacée – pas de discount, même pour une demi portion ? « Maybe … vous le saurez quand vous viendrez chercher vos visas, entre-temps payez donc ça ».

La vie est pleine de suspens, sous les tropiques …

Je n’insiste pas.

Personne ne veut courir le risque que le corps du zozo se souvienne de son mal.

Et puis, on nourrit encore l’espoir de reprendre le prochain bateau.

Nous remercions vite tout le monde, poussette, tricycle, « au port s’il vous plaît », on arrive en un temps record, YES on a le bateau !

Bref ! Aujourd’hui pas de Macdo, pas de visite de mall, pas de courses, pas de Seven Eleven. Nous rentrons les sacs-à-dos vides, le portefeuille aussi, le ventre n’est pas plus rempli, sans savoir combien nous devons exactement pour nos visas, mais bien contents de rentrer chez nous, sur notre île simple et paisible.

C’est la douceur de vivre sous les tropiques …

Si la suite vous intéresse … rendez-vous ici

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