Le monde selon Léa

Été 2020

Léa, elle, ne semble pas avoir ce genre de problème.

Pas de problème d’armoire trop pleine, pas de problème d’armoire trop vide, de brols trop vieux, de poussière qui pique les yeux. Pas même de fantômes installés dans des armoires qui ferment mal.

Elle aime au contraire, les innombrables pièces, les escaliers infinis. Surtout ceux qui montent (ceux qui descendent sont moins pratiques). Elle adore les armoires. Justement car elles sont pleines, justement car elles ne ferment pas bien. Qu’elles peuvent s’ouvrir, se fermer, s’ouvrir, se fermer, se vider, se fermer, s’ouvrir, se … à l’infini si on le voulait. Elles sont un terrain inestimable de découvertes et d’exploration. Les miroirs sont magiques. Et les murs ne sont pas des pans monotones de peinture uniforme et lisse. Que du contraire ! Des tableaux, des icônes, des croix, des photos, des horloges qui fonctionnent bizarrement. Beaucoup sont arrêtées pour une durée indéterminée, comme au repos. Les horloges aussi ont le droit de souffler. On n’y pense jamais, en vérité, aux horloges. Des tableaux peints avec innocence, des tableaux de grands maitres surement « made in là-bas », des tableaux jaunis par les rayons de soleil. Étonnant pour la grise Belgique ? Et pourtant … Qui a dit que la Belgique n’est que pluie et grisaille ? Il suffit d’attendre … et la magie opère.

Et puis, elle passerait des heures avec sa grand-mère, sa nonna, car, avec Léa, nonna murmure aux oignons, chante des comptines qui la font rebondir sur ses vieux genoux, elle met des chapeaux en forme de boite, apprend que la cuisine est aussi un jeu. 

Alors dans tout ça, il faut que je lâche, et que je rigole, comme petite Léa. Il faut ouvrir les armoires et tout bazarder par terre. Foutre un peu le bordel, étaler, faire du vide, trier et lâcher. Lâcher ce qui est démodé, ce qui retient, ce qui freine, les au-cas où, les si jamais. Y compris ceux faits de papier et de mots. Car ce n’est pas en les laissant dans une boite, dans le fin fond d’un carnet, que les mots vont opérer. Eux aussi, ont besoin de leur liberté, de respirer, de souffler. Qui suis-je pour les condamner à l’attente d’un ouvrage qu’il n’est plus le moment d’écrire? Ou qu’il est grand temps d’écrire.

Il est l’heure d’écrire. Ici et maintenant, même si les mots ne parlent pas du présent. Ça aussi, c’est de la magie.  

Après la première « Patate », après le récit de notre première année aux Philippines, il est temps de lâcher les souvenirs de la deuxième, et de la troisième. Pour qu’ils ne perdent pas de saveur, qu’ils ne s’enkilosent pas, qu’ils ne deviennent pas des fantômes poussiéreux rangés dans des dossiers oubliés. Et puis aussi, car après Corona, tout aura une saveur différente. Et il faudra en écrire une autre d’histoire …

Je me replonge alors dans mes notes à gogo, et remonte le temps jusqu’à cette fameuse étape de l’achat du terrain fatidique !

Ça vous dit de faire partie du voyage ?

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