ré ré ré la !

Avec ces mots, j’ai voulu fixer un instant spécial : au travail, masquée, dans la galerie d’une musée bruxellois, j’apprends que les Philippines rouvrent leurs frontières après près de 2 ans ! Nos chiens y sont restés. Des retrouvailles !? Finalement !

Aujourd’hui j’ai parlé un peu fort derrière mon masque.

Un peu fort, et en italien.

J’ai dit des trucs genre « ma patate, ça y’est on rentre !!! »

Enfin …

Ça faisait plutôt « Pati !?!?! Ritorniamo ! Finalmente ! », avec évidemment l’accent chantant sur l’avant-dernière syllabe, mode « forte » activé, parsemé de quelques vibratos hésitants …

J’ai reniflé, entre deux phrases.

J’ai eu l’air d’une folle …

Ou triste …

Ou les deux …

Ou peut-être, tout simplement : intolérante « au-dit masque » … Il a bon dos, l’emmerdeur ! J’irais même jusqu’à dire qu’il m’a été … … utile !!

– Comme quoi –

« Damned, ce masque m’est insupportable ! » : Pas besoin de preuves, ni de plus d’explications. On n’en demande pas plus d’ailleurs, on acquiesce, tacitement, voire on partage franchement ! « Oh comme je te comprends ! »

Mon masque, mon alibi.

Incognito j’ai donc exulté.

Comme secrètement, à l’abri derrière ce bout de tissu.

Instant de liberté permis par ce stupide objet qui est de mèche avec une certaine absurdité ambiante.

J’ai reniflé, entre deux vibratos, et deux exclamations aux notes italiennes …

Et puis j’ai même voulu siffler !

Siffler fort et siffler allègrement !

4 temps : 3 fois « ré » et une fois « la »

« ré ré ré la »!

Essayez, ça rend heureux …

Un sifflement qui me semblait venu d’un autre temps, d’une autre époque, d’une autre vie. Un prélude en ré majeur qui signifie aussi « Bruno !! »

C’est d’ailleurs ainsi que j’ai pensé interpellé mon collègue du même nom : en sifflant !

Ce petit surnom qui signifie tellement de choses dans notre vie.

« ré ré ré la »!

« ré ré ré la »!

« ré ré ré la »!

Pendant ce temps, les gens rentraient dans le musée en grelottant, alors que moi, j’avais déjà chaud !

J’ai voulu pousser le bouchon un peu plus loin …

« Pardon euh, collègue euh, je suis nouvelle ici, est-ce qu’on peut crier dans la crew room ? »

« Non ? »

« Pleurer ? »

« Oui, dis-moi … Ah !? Tu veux savoir pourquoi ? Et bien, c’est parce que j’ai la PATATE, ça ne se voit pas ? »

« Et danser ? Oui danser … j’aimerais danser ! »

« Un gif ! Juste pour un gif, je sens que j’ai la bonne énergie pour ce matin ! »

Impossible ?

Étrange tu dis ?

Cramé ? N’importe quoi ? Ah bon ? Carrément …

« ré ré ré la »!

« ré ré ré la »!

« ré ré ré la »! J’aimerais danser, crier, siffler !

Ai-je l’air d’une folle ?

Du moins, je ne suis plus triste ! Que du contraire ! Je trépigne. Je BOUILLONNE. J’EXULTE intérieurement.

Bon, ce n’est rien : au petit coin personne ne me regarde. Je pourrais peut-être y faire la danse silencieuse de la joie. « Au petit coin » … ça sonne presque comme une punition …

… Après tout, pourquoi chercher si loin : je peux simplement rester planquée derrière mon masque.

Petite liberté qui signifie tellement, empruntée à ce vil objet, instrument de l’absurdité ambiante.

Je vais siffler.

Siffler fort.

Un prélude en ré majeur qui signifie aussi Bonheur, avec un grand B comme dans Bruno !

Et puis, je vais enchaîner. Il y a aussi celui qui signifie « Gnocchiliniiiiiiii » …

Et, bien évidemment l’appel de la Patate. Le tube indémodable qui veut dire « Patatooooo »

Et qui spécialement aujourd’hui signifie « on arrive ! »

« On revient, les gars ! On a notre billet ! »

Sur la photo : les « Gnocchiliniiii », « Patatooooo » et « Bruno » dont il est question … avec petite étoile Baguette