« Viens-voir le docteur, non n’aie pas peur ! »

Ici à Siquijor, chaque municipalité a son centre de santé.
Le docteur y reçoit gratuitement les patients, étrangers inclus.

Ce matin-là, nous arrivons sur le coup des 11h, et, sur le coup des 11h, aux Philippines, le ventre crie famine (celui du docteur ne fait pas exception.)

Au barangay health center de San Juan, on nous invite donc à revenir sur le coup des 13 heures.

L’invitation ne nous réjouit guère.
Nous nous informons donc sur l’un ou l’autre pédiatre disponible à la ronde auprès du personnel du health center

L’ennui doit se lire sur notre visage car, après quelques indications, l’infirmière nous dit d’attendre un instant.

(Ce n’est pas qu’une question d’ennui qui se lit sur notre visage. C’est aussi la bonne bouille de Léa qui, malgré sa mine malade, ne perd pas une seconde pour sourire.
Et puis c’est aussi sa petite langue bien pendue. Elle n’arrête pas de papoter, malgré sa toux, avec sa craquante petite voix …)

Comment lui résister ?

Les infirmières ne font pas exception à la règle : elles craquent – « le médecin va l’ausculter, dites-nous tout »

Quel soulagement !

Nous voilà donc promus au rang de patients.

Entre des « haaaaaaa !!!! », des « cute kaayo !!!! », et des « babyyyyyyyy !!!! », prononcés avec emphase par toute l’équipe d’accueil, j’explique à l’infirmière ce qu’a Léa, tout en essayant tant bien que mal de lui épeler son nom avant de lui venir en aide « est-ce que je peux ? Le bic ? Ça va être plus facile, je crois … » Sympa le double nom de famille mais dans la pratique ce n’est pas toujours de tout repos …

Du coin de mon œil, je vois alors que quelqu’un se penche sur la petite.
C’est le docteur qui l’ausculte !
Elle ne bronche pas. Je m’émerveille intérieurement. Qu’est-ce qu’elle se civilise ! Jusqu’à il y a peu, elle braillait comme un cochon qu’on égorge à chaque geste d’un docteur !

Le doc l’ausculte donc.
Il ne nous reçoit pas, il ne s’est pas vraiment présenté : il joue du stéthoscope, en équilibre par dessus la table de l’entrée qui fait office d’accueil.

La scène est causasse : Olivier tient Léa surélevée par dessus les bancs d’une salle d’attente inexistante, et le médecin, de l’autre côté de la table, l’ausculte, dans une position qui a l’air de tout sauf confortable, mais le doc reste imperturbable.

La visite s’arrête là.

Doc s’en vient alors de mon côté.
De derrière mon masque, je lui explique ce qu’elle a, ce qu’elle n’a pas, ce qu’elle a eu, ce qu’elle a failli avoir mais n’a heureusement pas eu, tout en feuilletant son carnet de santé et en traduisant, depuis le français, les différentes annotations. Je suis multitâche, attribut typiquement féminin d’après certains.

Le doc m’écoute.
Il feuillette avec moi le carnet de santé sûrement fort exotique à son goût.
ET : réagit en même temps aux remarques enthousiastes de ses collègues infirmières ! Lui aussi est multitâche, les hautes études très certainement …

« cute kaayo, cute kaayo », continuent en effet de s’exclamer les infirmières à la manière d’un disque un peu rayé ^^

« like her mother », marmonne le médecin en réaction aux exclamations.

Whaaaaat ? (Vous remarquerez que je reste polie dans mes publications).
Je me retourne, sur ces mots, vers la droite …
C’est bien ce que je pensais ! Le docteur est là, avec son regard un peu lubrique et sa petite remarque digne d’un dragueur de rue, restée coincée entre son masque et mon arrêt sur image.

Multitâche mais un peu goujat, non ?! Sympa le masque, n’est-ce pas doc ? 

J’ai fait « celle qui n’entend pas bien les remarques coincées derrière les masques.»

Le reste est une histoire un peu plus locale : l’infirmière qui nous demande d’attendre que le courant revienne pour que Léa puisse faire un aérosol …
Le courant qui revient …
L’infirmière qui nous conduit dans une petite pièce …

Dans cette pièce, entre les sacs des employés de la petite clinique, Léa fait un aérosol dont il manque l’embout.
L’infirmière l’a installée sur une banquette de gynécologue.
Léa chante des chansons avec papa Zozo dont le regard ne peut s’empêcher de se poser à tour sur la prise désossée juste au-dessus de la tête de Léa, et sur l’interrupteur complètement cramé juste à côté de la prise désossée. Zozo est aussi électricien.

Une prise dans laquelle le courant ne passera jamais plus et …
Une prise dans laquelle le courant est un peu trop passé …
Des fois, il n’y a pas de juste milieu sous les tropiques.

Léa pose ses peluches dans les cale-pieds de la table d’accouchement, avant de vouloir y poser ses pieds. Pas si vite, papillon.

Parfois sous les tropiques, on fait avec. Et on espère que ça fonctionne aussi …

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3 Replies to “« Viens-voir le docteur, non n’aie pas peur ! »”

  1. toujours aussi agréable à lire, gros bisous à vous trois

    1. Jeannine ! Quel plaisir de te lire ici. Un grand merci. C’est toujours un plaisir pour moi de raconter ;). Nous t’embrassons et t’envoyons plein de pensées.

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