Drôle de visite : chez un healer de l’île de Siquijor

dans l'arrière cour de la maison d'un guérisseur de Siquijor

Siquijor, l’île mystique des sorcières et des healers

L’île de Siquijor est connue comme étant « l’île des sorcières » ou « l’île des healers », le mot anglais pour guérisseurs. Cela fait frissonner certains – « n’y allez pas, si vous y allez, vous n’en reviendrez pas ! », nous avait dit un gentil monsieur philippin croisé à notre arrivée aux Philippines. D’autres sont intrigués, et placent une visite chez un guérisseur traditionnel dans la liste de leurs activités incontournables.

Un beau jour de la saison des pluies, je me suis laissée tentée, et j’ai suivi ma petite voisine, Kaï, qui allait voir le miraculeux guérisseur de famille …

En quelques kilomètres, j’ai été propulsée dans les coulisses des mystères qui planent autour de leur pratique, et j’ai intégré une scène de vie très locale, bien loin de nos standards occidentaux … voici le récit de cet après-midi qui a changé mes plans des semaines qui ont suivi !

« Le healer de Siquijor fait des miracles, ma’am ! »

Nous sommes allés chez le hilot
Plus communément désigné comme le healer, le guérisseur
C’est en quelques sorte le doc, le doc du coin, le docteur du quartier

J’y suis allée avec ma petite voisine.
Elle y emmenait son petit pour une fièvre persistante. Elle m’a proposé de les accompagner : « Il fait des miracles, ma’am. Toute la famille y va depuis toujours … »
Ça tombe bien, j’ai un mal de dos chronique depuis quelques années !!! 
Comment refuser ? …

Nous sommes donc allés chez le hilot, un certain « Lolo quelque chose », dans sa maisonnette en bois au bout d’un chemin de terre, entourée de volailles et de palmiers.

sur le chemin vers la maison d'un healer de Siquijor

Nous sommes arrivés chez le doc sous un ciel menaçant.
Juste avant la pluie.
Nous n’étions pas les seuls à avoir eu l’idée de nous réfugier chez lui en ce temps capricieux : la consultation était déjà pleine.
Il nous faudrait patienter …

Le cabinet du healer de Siquijor est convivial et … improvisé.

Dans la salle d’attente, pas de Marie-Claire, pas de Gala, juste des « Marites« . C’est un des nombreux mots pour désigner les « ragots », pratique plutôt courante sous ces latitudes …

En fait, il n’y a pas à proprement parler de salle d’attente.
Il y a le salon de la petite maison en bois.
Dans le salon : des chaises, des fauteuils et des banquettes disposés de part et d’autre d’un matelas posé à même le sol sur lequel s’allongent à tour de rôle les « patients ». Ceux qui attendent sont assis sur les-dits fauteuils, chaises, et banquettes ; et le patient, lui, s’allonge, en quelque sorte, à leurs pieds sur le matelas …

Je vous l’ai déjà précisé : la maison est petite.

Ça papote tout autour pendant que « Lolo quelque chose» masse. 
Vous vous souvenez du terme ? C’était « Marites », et lolo veut dire grand-père en philippin.

vue depuis la salle d'attente extérieure de la maison du healer

Nous, nous commençons par attendre sous un petit abris tout mignon à l’extérieur, avec vue sur les chaussures des patients qui prennent la flotte (les chaussures). Nous n’étions pas les seuls (patients), je l’ai déjà précisé : la salle d’attente slash de consultation slash salon était déjà plein. Pas de problème, on sympathise en plus avec un autre patient qui est intrigué par mon exotisme …

Rencontres inattendues en attendant Lolo

J’aime beaucoup la curiosité spontanée des philippins.
Notre compagnon d’attente me pose des questions en tout genre
Combien de couches je mets en hiver, quelles sont les autres saisons, quelles langues est-ce que je parle, quelles langues parle-t-on en Belgique. À côté de moi, ma petite voisine, de temps en temps lui précise l’une ou l’autre info, en langue locale.

Nous échangeons agréablement lorsque soudain, notre gentil interlocuteur me demande si mon mari parle comme Hitler. Je reste alors, soudainement interdite.
J’ai du mal à ravaler ma surprise, elle se bloque quelque part dans ma gorge, et fait barrage, par la même occasion, à l’air qui est censé passer par là… Je manque de m’étouffer, ce qui doit dessiner un rictus particulier sur mon visage.

Je ravale également tous les WHAT THE F… ? qui affleurent à mes lèvres.
Ma voisine semble étonnée elle aussi mais l’objet de SON étonnement ajoute une couche au surréalisme de la situation « sir Oliver, is not German ? »

Je ravale à nouveau. Ça coince encore quelque part. Qui donc a écrit cette scène absurde ?

« French ! Olive is French
⁃ Uh ?! French ?
⁃ yes Kaï, he is French, depuis le temps qu’on se connaît, sheisse ! Et toi l’inconnu tu vas mettre de côté ton humour mal placé. Ce ne sont pas des choses à dire, même pour rigoler ! »

C’est au tour du bonhomme d’être interloqué. Décidément !

« Comment ça, c’était pas de l’humour !
⁃ ah bon ils ne parlent pas tous comme …
⁃ Shhhhht ! »

La peste ou le choléra. C’est bien ça.

Après avoir fait une courte leçon de géographie à ma voisine, je passe au cours de citoyenneté avec notre compagnon de salle d’attente : « Goethe ! Si vraiment tu veux faire un rapprochement, tu me feras le plaisir de citer Goethe à partir de maintenant ! »

Heureusement, Lolo le doc nous prévient que notre tour est arrivé …

Nous rentrons finalement dans l’antre du guérisseur …


Cette petite visite ne se passera pas comme prévu … si la suite vous intéresse, c’est par ici : « Massage à Siquijor : le guérisseur aux mains magiques » 👈

Lolo est le terme philippin pour signifier « grand-père ». Il est également familièrement utilisé pour désigner un ainé.

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